Charges de travail

L’ABC des charges de travail à l’Université d’Ottawa

Tyler Chamberlin, professeur agrégé, École de gestion Telfer
Membre du Comité des négociations collectives (2011 et 2013), APUO

Introduction

Les professeurs de l’Université d’Ottawa affirment depuis longtemps que l’augmentation des charges d’enseignement est un défi de taille qui a des répercussions sur leur capacité de respecter l’ensemble de leurs obligations et responsabilités en tant qu’universitaires[1]. L’Association des professeurs de l’Université d’Ottawa (APUO) en a fait une priorité dans plusieurs rondes de négociations collectives et les résultats devraient améliorer la situation des membres à l’avenir. Ce document essaie d’expliquer brièvement le contexte de cet enjeu, les étapes franchies jusqu’à maintenant et les moyens à la disposition des professeurs qui ont l’impression d’avoir une charge d’enseignement trop lourde.

Contexte

Depuis l’année universitaire 2002-2003, le nombre d’étudiants inscrits à l’Université d’Ottawa a augmenté de 51 %, mais le nombre de professeurs à temps plein n’a augmenté que de 42 %. Des professeurs à temps partiel enseignent maintenant environ 50 % de tous les cours sur le campus. La situation exerce une pression accrue sur les universitaires à temps plein qui doivent fournir divers genres de communications aux étudiants, y compris la formulation de lettres de recommandation, les conseils pédagogiques, etc. Simultanément, le nombre d’inscriptions des diplômés a augmenté de 67 % et ce sont presque exclusivement les professeurs à plein temps qui s’en chargent. Étant donné ces changements, il n’est pas étonnant que les universitaires de l’Université d’Ottawa aient déterminé que les charges de travail, en particulier l’enseignement et la supervision, sont l’enjeu le plus important des relations de travail et en milieu de travail.

Par l’intermédiaire du processus de négociation lié à la convention collective 2004-2008, l’APUO a pu convaincre l’employeur d’accepter un examen conjoint des charges d’enseignement des années universitaires 1992-1993 et 1993-1994. Ces années ont été choisies en particulier à cause de la disponibilité des données pour faire cette évaluation. L’exercice comparatif complet a pris deux ans et les résultats ont été disponibles au début de 2010 seulement. La convention spécifie aussi que la charge d’enseignement normale des professeurs à l’avenir ne sera pas exceptionnellement différente des charges d’enseignement des années comparatives 1992 à 1994. Il est aussi convenu dans la convention, quand la charge d’enseignement normale actuelle des départements ou facultés est inférieure à celle des années comparatives, que les charges d’enseignement n’augmenteront pas à la suite du processus comparatif (consultez le sous-alinéa 22.2.1.2).

Pendant les négociations de la convention collective 2011-2012, l’APUO a pu obtenir que les données découlant de l’exercice comparatif soient intégrées dans la convention collective en annexe J. D’autres progrès ont été réalisés avec l’ajout de nouvelles dispositions exigeant que l’Université donne de l’information détaillée sur les charges de travail comparatives des années universitaires 1992-1994 et la charge de travail prévue de chaque professeur inscrite dans son affectation annuelle de la charge de travail (consultez le sous-alinéa 22.1.2.2 pour obtenir une description complète de l’information qui doit être ajoutée). L’objet de l’ajout des charges d’enseignement comparatives et prévues dans l’affectation annuelle de la charge de travail d’un professeur est de faire en sorte que chacun soit conscient de ce qu’on lui demande d’enseigner et qu’on ne lui demande pas d’accepter une charge d’enseignement exceptionnelle par rapport aux comparaisons convenues. L’année universitaire 2013-2014 est la première année où ce nouveau processus s’applique à l’affectation des charges de travail.

Compréhension de l’annexe J

L’annexe J de la convention collective 2011-2012 résume les plus importants résultats de l’exercice comparatif pour les années universitaires 1992-1994. Les résultats au sous-alinéa 22.2.1.1 constituent la charge d’enseignement normale du professeur par faculté ou département[2]. La charge d’enseignement de chaque professeur pendant l’année ne devrait donc pas être très différente des données inscrites à l’annexe J. Il n’y a pas de définition exacte de ce qui est « très différent », mais l’employeur et l’APUO ont convenu que les données inscrites à l’annexe J constituent des charges de travail moyennes et que la charge de travail d’un professeur sera donc supérieure ou inférieure à cette donnée comparative. C’est le professeur qui détermine si sa charge de travail est très différente, à son avis, de la charge d’enseignement normale et, si oui, à quel moyen il veut avoir recours dans ce cas. Le professeur détermine le genre de solution qu’il veut, mais quelques options sont suggérées ci‑après.

Vous voudrez maintenant consulter ce document et l’annexe J de la convention collective (aussi jointe au présent message). La première étape à franchir pour comprendre l’annexe J et ce qu’elle signifie pour chaque professeur est de trouver les résultats pour votre faculté ou département dans l’annexe J. À partir de la gauche de l’annexe J, vous trouverez les résultats des deux années de l’étude comparative (1992-1993 et 1993-1994). Il faut comprendre que la charge d’enseignement normale de la faculté ou du département est le résultat moyen de ces deux années. Ce point deviendra important pendant que nous passons de gauche à droite de l’annexe.

Les résultats significatifs de la comparaison commencent dans la colonne à droite des années couvertes qui portent sur le nombre de professeurs dans le département ou la faculté pour l’année précisée. Dans le Département d’histoire de la Faculté des arts, par exemple, il y avait 23 professeurs pendant l’année universitaire 1992-1993 et 21 en 1993-1994. La colonne suivante présente le nombre d’équivalents à plein temps dans le département par année qui reflète les ajustements à cause des congés universitaires (sabbatiques) ou autres, les crédits de cours pour activités administratives ou de recherche, etc. Voilà qui donne un tableau plus précis des ressources d’enseignement disponibles pendant l’année en question.

Les colonnes suivantes comprennent le nombre de membres de la Faculté des études supérieures et postdoctorales, le nombre de crédits de cours par professeur et le nombre moyen de crédits de cours de la charge excessive qu’un professeur a enseignée. Ces résultats sont importants pour déterminer la charge de travail globale entreprise dans les départements et facultés par année, mais ne devraient pas être très importants pour la majorité des universitaires qui considèrent leur propre charge de travail à l’avenir.

Les deux colonnes suivantes indiquent le nombre moyen de crédits de cours enseignés par professeur aux niveaux du premier cycle et des études supérieures. Il faut maintenant faire la moyenne des deux années de l’étude pour déterminer combien de cours de premier cycle et d’études supérieures chaque enseignant devrait enseigner par année. Dans le cas d’un professeur au Département d’histoire, par exemple, nous constatons que le nombre moyen de crédits de cours enseignés en 1992-1993 était : 13,8 crédits de premier cycle + 1,4 crédit d’études supérieures pour un total de 15,2 crédits enseignés. Faisons ce calcul de nouveau pour l’année 1993-1994 (12,7 + 2,5 = 15,2), soit le même nombre de crédits, 15,2. Dans ce cas, la moyenne des deux années est équivalente au résultat de chaque année, mais dans la majorité des situations, il faut un calcul supplémentaire pour déterminer le nombre moyen de crédits enseignés.

Les deux colonnes adjacentes du tableau indiquent le nombre d’heures moyen de communication avec les étudiants aux niveaux du premier cycle et des études supérieures. Cette donnée est calculée en multipliant la somme du nombre total d’étudiants enseignés pendant l’année par 39 (soit trois heures en classe multipliées par 13 semaines pendant le trimestre universitaire). Travaillons à rebours pour le Département de l’histoire pendant l’année universitaire 1992-1993 et nous constatons que le professeur moyen a enseigné à 182,8 étudiants de premier cycle au total (7 129,8/39 = 182,8). Si nous voulons savoir à combien d’étudiants de premier cycle un professeur du Département d’histoire devrait enseigner aujourd’hui, nous devons trouver la moyenne des années 1992-1993 et 1993-1994. La moyenne pertinente est de 161,3 (6 289,3/39 = 161,3) pour 1993-1994. Le nombre moyen d’étudiants de premier cycle à qui un professeur du Département d’histoire devrait enseigner est donc 172,1 environ (182,8 + 161,3 = 344,1, 344,1/2  = 172,1). En faisant les mêmes calculs pour les diplômés, nous obtenons un résultat de 4,3 ([136,7/39 = 3,5] + [202/39 = 5,2] = 8,6, 8,6/2 = 4,3). Cela signifie qu’un professeur d’histoire enseignera en moyenne à 4,3 étudiants aux études supérieures. Remarquez que cela ne reflète pas la supervision des diplômés, mais seulement les diplômés à qui on enseigne des cours à crédit.

Les trois colonnes suivantes présentent les données sur le nombre d’étudiants supervisés en moyenne par année, y compris le nombre d’étudiants de premier cycle, des études supérieures et qui rédigent des mémoires respectivement. Au Département d’histoire, pendant les deux années de l’étude comparative, nous constatons qu’il n’y a pas eu de supervision d’étudiants de premier cycle faite en moyenne par professeur. Au niveau des études supérieures, chaque membre de la FESP du Département a eu en moyenne 2,45 (2 + 2,9 = 4,9, 4,9/2 = 2,45) diplômés inscrits à la thèse sous sa supervision. Les mémoires sont des projets de recherche majeurs que les étudiants de premier cycle ou des études supérieures entreprennent habituellement dans un programme professionnel (par exemple la maîtrise du programme d’administration des affaires ou dans la Faculté d’éducation) pendant une année. Au Département d’histoire, comme dans de nombreux départements et facultés au campus, il y a eu très peu de mémoires achevés pendant les années de l’étude comparative et les résultats ne représentent donc pas un pourcentage important des activités d’enseignement totales d’un professeur pendant une année.

Recours à l’annexe J et aux sections pertinentes à la charge de travail dans la convention collective

Nous avons mentionné brièvement que les données de l’annexe J et les dispositions pertinentes de la convention collective (surtout à l’article 22) visent à ce que les charges d’enseignement des professeurs n’aient pas de répercussions indues sur leur capacité d’accomplir les autres activités et responsabilités pertinentes au travail, notamment, les activités liées à la recherche ou au savoir. Les modifications apportées pendant plusieurs rondes de négociations collectives donnent aux universitaires les moyens de mesurer la charge d’enseignement attribuée et de la comparer avec les données historiques comparatives pour que chaque professeur soit en mesure de continuer d’établir un équilibre personnel approprié dans les nombreuses demandes de son temps et de ses talents. Les données comparatives historiques ne sont pas parfaites, par exemple, elles ne comprennent pas les nombreux changements qui ont eu lieu depuis 20 ans et qui ont ajouté aux charges de travail liées à l’enseignement universitaire, notamment, le recours au courrier électronique pour les communications avec les étudiants, l’augmentation des programmes d’études supérieures, etc., mais elles devraient constituer un outil utile quand les professeurs comprennent comment les utiliser. De nouveaux départements ont aussi été établis depuis les années de base 1992-1994. La convention collective n’explique pas comment l’annexe J devrait être appliqué aux membres de ces nouveaux départements, mais l’APUO cherchera une solution pour ces gens à l’avenir.

Les professeurs devraient utiliser avant tout l’information de l’annexe J et des dispositions pertinentes de la convention collective pendant leurs interactions annuelles avec le directeur du département ou le doyen portant sur l’affectation des charges d’enseignement. Les professeurs voudront peut-être d’abord réfléchir à l’information de l’annexe J quand ils préparent leur première présentation sur la charge d’enseignement de l’année pour déterminer le nombre total de cours de premier cycle et d’études supérieures et d’étudiants enseignés qui correspond aux moyennes pour leur département ou faculté. Quand ils obtiennent ensuite la première charge de travail suggérée ou la charge définitive de la part du directeur du département ou du doyen, ils peuvent comparer ce qu’on leur demande d’enseigner et la charge d’enseignement normale définie à l’annexe J. S’ils sont d’avis que la charge de travail est très différente de la charge d’enseignement normale, ils devraient ensuite souligner cette anomalie, suggérer une solution dans une lettre de désaccord avec la charge de travail affectée et l’envoyer au doyen. Il est important de le faire dans les 10 jours après avoir reçu la charge de travail définitive attribuée pour la prochaine année universitaire.

La convention collective n’explique pas comment régler les anomalies entre la charge de travail affectée à un membre et la charge d’enseignement normale. En partie, c’est parce que chaque membre peut vouloir considérer des moyens différents de régler la question. Un membre voudra peut-être réduire sa charge de cours, par exemple, parce qu’il enseigne à un grand nombre dans certains cours (c.‑à‑d. ajuster le nombre de crédits enseignés à cause du nombre beaucoup plus élevé d’heures de communication avec les étudiants). D’autre part, un membre peut demander une diminution du nombre d’inscriptions dans une section ou plus attribuée (c.‑à‑d. pour que le nombre d’heures de communication avec les étudiants corresponde à la charge d’enseignement normale dans son département ou sa faculté). C’est le membre qui détermine et suggère une solution éventuelle dans son avis de désaccord envoyé au doyen.

Quand le doyen reçoit l’avis de désaccord du membre, il rédige une analyse de sa charge d’enseignement et la lui remet dans les 10 jours ouvrables. Après avoir suggéré une solution éventuelle, reçu et examiné l’analyse par écrit de sa charge de travail de la part du doyen, si le membre est toujours d’avis que la charge d’enseignement est déraisonnable, il a deux autres moyens de la remettre en question. La première option est un mécanisme accéléré de règlement des différends dont les parties ont convenu pendant la récente ronde de négociations collectives. Selon l’alinéa 22.2.6, le membre peut demander au doyen de confier la charge d’enseignement attribuée au Comité d’examen de la charge de travail du membre (CECTM). Le CECTM comprend surtout des membres actuels du Comité du personnel enseignant de la faculté, sans la présence du directeur du département ou du doyen. Dans les 10 jours ouvrables après avoir reçu du doyen la charge de travail, le CECTM se réunit pour examiner le dossier du membre et formuler une recommandation au doyen sur la charge de travail attribuée. La recommandation est ensuite communiquée au doyen dans les cinq jours après la décision. Le doyen communique ensuite l’affectation définitive de la charge d’enseignement au membre, compte tenu de la recommandation du CECTM, dans les cinq jours après l’avoir reçue. Le doyen ajoute la recommandation par écrit du CECTM dans la décision définitive présentée au membre.

Après avoir achevé ce processus, si le membre a des raisons de croire que la charge d’enseignement attribuée est très différente de la charge d’enseignement normale définie à l’article J de la convention collective, il peut déposer un grief officiel contre la charge de travail attribuée par l’intermédiaire du processus normal inscrit à l’article 13 de la convention collective.

Conclusion

L’étude comparative des charges d’enseignement, l’ajout des résultats à l’annexe J et l’intégration des dispositions pertinentes dans la version actuelle de la convention collective visent à considérer l’enjeu le plus important que mentionnent souvent les membres de l’APUO en milieu de travail, soit les charges d’enseignement. Les nouvelles dispositions exigent que les professeurs comprennent bien le nouvel ensemble de données et les processus, ce qui peut prendre un certain temps. Les membres peuvent communiquer avec leur représentant au Conseil d’administration ou directement avec le personnel de l’APUO s’ils ont des questions ou des préoccupations concernant ces dispositions ou d’autres dispositions de la convention collective.


[1] Les commentaires des professeurs obtenus en prévisions des deux dernières rondes de négociations collectives indiquent clairement l’importance de cet enjeu.

[2] Il ne faut pas oublier qu’il n’y a pas de données pour la Faculté de médecine, étant donné la répartition particulière des affectations d’enseignement.

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