La santé mentale à l’Université d’Ottawa

Avant de débuter notre analyse des défis liés à la santé mentale à l’Université d’Ottawa, l’APUO souhaite présenter ses plus sincères condoléances à ceux et celles qui connaissaient l’un.e des cinq étudiant.e.s qui se sont enlevés la vie au cours des derniers mois.  Nous encourageons les membres qui cherchent un soutien en cette période difficile à communiquer avec les ressources disponibles, notamment le Programme d’aide aux employés et à leur famille.  
 
Nous invitons également les membres à communiquer au Service de police de Gatineau tout renseignement qu’ils pourraient avoir sur la localisation de Jonathan Blanchette, un étudiant porté disparu depuis jeudi, en composant le (819) 246-0222.
 
Au cours des derniers mois, cinq étudiant.e.s de l’Université d’Ottawa se sont enlevés la vie. Ces tristes événements mettent en lumière un problème grave, tant sur notre campus que dans l’ensemble de notre société. En réponse aux demandes des médias à ce sujet, l’administration centrale affirme en faire « beaucoup »[1] pour s’assurer que des services adéquats sont mis en place pour répondre aux besoins des étudiant.e.s en détresse. Un excédent financier de 91,8 millions de dollars, une pénurie de ressources en santé mentale, ainsi qu’une étudiante en détresse expulsée de sa résidence offrent un portrait différent de la situation. Les témoignages des étudiant.e.s et du personnel de l’Université révèlent également autre chose de la réalité de la santé mentale sur le campus.
 
Le mois de janvier a été marqué par la 7ème édition de la Semaine du mieux-être de l’Université d’Ottawa. Tenue du 20 au 24 janvier, la Semaine du mieux-être a offert des séances de zoothérapie, des cours de yoga et de méditation, et fait la promotion de son programme d’aide financière et du Service d’appui au succès scolaire (SASS), entre autres événements. Bien qu’utiles, ces ressources ont tendance à aborder les enjeux liés à la santé mentale sur le campus comme des enjeux de nature purement individuelle et à négliger leurs composantes structurelles et systémiques, qu’il s’agisse de la pression associée à la hausse des droits de scolarité, du fait que le SASS fonctionne au-delà de ses capacités, des mauvais ratios étudiant.e.s-professeur.e et étudiant.e.s-bibliothécaire, ou de la charge de travail croissante des professeur.e.s, des bibliothécaires et du personnel de soutien. La santé mentale ne peut être isolée de son contexte.[2] Considérant les excédents financiers cumulés au cours de la dernière décennie, il est clair pour l’APUO que l’administration centrale peut et doit revoir son approche aux questions de santé mentale. 
 
L’an dernier, pendant la tournée d’écoute de l’APUO, des membres de diverses facultés ont mentionné que leur charge de travail croissante a un impact négatif sur leur santé mentale et physique. En plus des défis associés à leur charge de travail croissante, les membres ont exprimé de graves préoccupations quant au bien-être de leurs étudiant.e.s, constatant une croissance du nombre de demandes d’accommodements universitaires et du nombre d’étudiant.e.s qui semblent en détresse dans leurs groupes (de plus en plus nombreux). Le manque de ressources sur le campus et les longues listes d’attente pour voir des professionnel.le.s en santé mentale sont aggravés par la couverture limitée pour les services de santé mentale, tant dans le régime d’assurance maladie des étudiant.e.s que dans l’ensemble des avantages sociaux des employé.e.s.
 
Depuis plusieurs années déjà, les étudiant.e.s et les membres de l’APUO réclament davantage de ressources pour répondre aux besoins de notre communauté en matière de santé mentale. L’automne dernier, l’APUO a communiqué avec les responsables de la Semaine du mieux-être pour proposer une série d’ateliers « Connaissez vos droits » pour les membres qui pourraient avoir besoin d’accommodements au travail. Notre offre a été rejetée car « elle ne s’inscrivait pas sous l’un des sept piliers de la Semaine du mieux-être », révélant ainsi la perspective étroite de notre institution face aux défis de santé mentale sur le campus.  
 
Nous voulons aussi exprimer notre inquiétude quant au fait que la Semaine du mieux-être sur le campus a été suivie d’une exposition d’une semaine tenue par un groupe associé à l’Église de Scientologie et intitulée « Psychiatrie : une industrie de la mort ». Les étudiant.e.s ont d’ailleurs organisé des manifestations et exprimé leurs inquiétudes quant au caractère pseudo-scientifique de l’exposition, craignant en outre une stigmatisation accrue de ceux et celles qui ont reçu des diagnostics de troubles de santé mentale et qui ont besoin de thérapie ou de médicaments sur ordonnance. L’APUO est préoccupée par le fait que l’administration centrale ait autorisé la tenue de cette exposition – particulièrement dans le contexte actuel – et l’invite à considérer les conséquences liées à l’accueil d’une telle exposition sur un campus universitaire.
 
La Gazette de l’Université d’Ottawa annonçait le 28 janvier que le « recteur a mandaté Jill Scott, provost et vice-rectrice aux affaires académiques […] de présider un nouveau comité consultatif sur la santé mentale. Elle entamera également une tournée du campus pour recueillir les commentaires des membres de la communauté ». Nous saluons cette initiative et nous encourageons la provost à prendre tout le temps nécessaire à un exercice aussi important. La tournée d’écoute de l’APUO a tenu une trentaine de rencontres dans les unités académiques et duré près d’un an. Il est difficile d’imaginer qu’une tournée d’écoute de toutes les parties prenantes sur le campus puisse faire moins que cela. 
 
L’APUO se joindra au syndicat étudiant et à d’autres syndicats du campus dans les prochaines semaines afin d’élaborer une liste de revendications à présenter à l’administration centrale, et de discuter de nos propres initiatives relatives à la santé mentale sur le campus.
 
Vous pouvez trouver une critique de la Semaine du mieux-être de l’Université d’Ottawa publiée dans le journal étudiant La Rotonde. 
 
Pour une liste de ressources en santé mentale à partager avec les étudiant.e.s qui pourraient être à la recherche de soutien, veuillez consulter le lien suivant.

 
[1] Elizabeth Payne pour le Ottawa Citizen, After four student suicides, uOttawa group demands better mental health services, 12 décembre 2019 (traduction de l’APUO)
[2] Le rapport du Groupe d’action sur la santé mentale et le mieux-être, publié en janvier, se caractérise également par une perspective étroite qui fait trop peu de cas des dimensions structurelles et systémiques des questions de santé mentale.